De nos jours, avec la crainte d'une disparition de leurs consommables préférés, les photographes ont pris l'habitude de stocker leurs films au réfrigérateur.

Quelle est la réelle utilité d'une telle pratique ? Quels sont les impacts potentiels ?

Si les fabricants recommandent de stocker les films non utilisés dans un endroit frais et sec, il vous faut savoir que le réfrigérateur ne correspond pas à cette description.

En effet, un réfrigérateur est bien en endroit frais, mais certainement pas sec! Le taux d'humidité d'un réfrigérateur avoisine généralement les 100 %.

Dans un tel environnement, si le film n'est pas emballé hermétiquement, la gélatine se met à gonfler, elle se gorge d'eau et prend un consistance molle.


Chaque format de film va réagir différement:

- en format 135, les films sont bobinés autour d'un axe à l'intérieur d'une cartouche métallique dont l'étanchéité à la lumière est assurés par deux lèvres de velours. Ces lèvres n'assurent en aucun cas une étanchéité vis à vis de l'humidité. Seul un emballage scellé en usine et intègre vous assurera qu'à l'intérieur de la boite cylindrique se trouve la meme atmosphère seche que celle présente dans l'usine au moment du conditionnement.

Si tel n'est pas le cas, le contact de la gélatine humide du film avec lui meme, lié à son enroulement, va occasionner des dégats irréversibles sur le film.

Il est donc fortement déconseillé de stocker au réfrigérateur son film après son exposition !

L'expérience de clients anxieux, ayant faits des voyages lointains, soucieux de conserver au mieux leurs films avant le développement a été extremement douloureuse pour eux .

 

- en format 120, les films sont protégés par un papier de dos, et sont généralement emballés dans une petit sachet hermétique scellé. Si cet emballage n'est pas hermétique, l'humidité rentre dans la bobine, et commence par impregner le papier de dos, quelle que soit sa marque et sa qualité(provenance Ilford / Kodak ou Foma) . Ces papiers de dos présentent des inscriptions à l'encre qui permettent au photographe de positionner correctement le film dans l'appareil ou de visualiser l'avancement du flm grace aux numéros, dans les appareils les plus rudimentaires.

Si ce papier se gorge d'eau, les encres vont migrer vers l'émulsion qui se trouve juste au dessus, par transfert.

 

Exemple de défauts obtenus avec un film à papier de dos FOMA:

 

Exemple de défauts obtenus avec un film à papier de dos ILFORD:

 

Les défauts peuvent également se traduire par la création d'impuretés sensibilisatrices qui vont produire des points noirs sur le film ( blancs en positif ) comme dans les deux exemples qui suivent:

 (Merci à David Dorez, fidèle client établi à Montréal)

 

- Quant aux plans-films, seuls KODAK et FUJI vendent leurs produits dans des sachets scellés étanches. Et une fois la boite entammée, plus aucune étanchéité n'est assurée. Les films dont la gélatine est gonflée se collent les uns aux autres, provoquant la survenue d'impuretés sensibilisatrices, comme nous avons vu plus haut. On note également parfois le développement de colonies bactériennes au sein meme de la gélatine. Cela se traduit pas des zones circulaires, plus foncées sur le film, et qui apparaissent plus épaisses si l'on regarde le film coté émulsion. En effet, les bactéries sont connues pour modifier le tannage de l'émulsion au niveau local.De plus les bactéries ont besoin de se nourrir et la gélatine est un nutriment qu'elles affectionnent. Quand les bactéries ont terminé leur phase de croissance, la totalité de la gélatine a été consommé, et nous pouvons parfois noter des micro trous parfaitement circulaires au centre des zones plus foncées qu'ont créé les bactéries.

Voici le resultat d'une attaque bactérienne dans une boite de plans-films (de qualité supérieure), mais conservés au réfrigérateur après leur ouverture :

En résumé : il n'est absolument pas nécessaire de conserver ses films au réfrigérateur si ceux ci sont utilisés pendant leur période optimale d'utilisation, dont la fin est indiquée par la date de péremption.

 

Conservez vos films dans une atmosphère fraiche (entre 10 et 20 °C) mais surtout SECHE ! Evitez les réfrigérateurs (ou congélateurs), et utilisez vos films avant la date de péremption pour en tirer le meilleur !

 

Je tiens à remercier les photographes malheureux qui ont subi de telles mésaventures et qui m'ont permis d'utiliser leurs images pour vous éviter les mêmes déboires.